Je ne dois pas être le seul, atteint de troubles de l’humeur, à me poser ce genre de questions. Être bipolaire ou ne pas être bipolaire, lorsque le traitement est savamment dosé, les dépendances punies au coin et qu’on a fait une croix sur les phases maniaques ou euphoriques (le seul avantage de cette maladie) qui nous font monter dans les tours. Avouons-le, même si nous acceptons de ne plus courir le risque d’une redescente douloureuse après une période maniaque, l’euthymie, c’est chiant. Sur une échelle de l’humeur graduée de moins dix à plus dix, les traitements adaptés nous permettent d’osciller entre zéro et moins deux.
Heureusement ou malheureusement pour moi, je n’ai jamais été hospitalisé. Heureusement, car j’ai pu échapper à une médication qui aurait pu m’assommer. Malheureusement, car j’aurais pu avoir un diagnostic beaucoup plus tôt dans ma vie au lieu qu’il me soit « offert » en pleine crise de la quarantaine. J’aurais gagné quelques années pour me stabiliser et construire ma vie différemment.
La tentation peut s’avérer forte de stopper les régulateurs de l’humeur… Pour avoir déjà essayé, je ne m’y risquerai plus. Grâce au soutien de mon Amoureuse, j’ai repris le chemin thérapeutique indispensable. Mais il restait ce produit illicite consommé quotidiennement. Un psychiatre a d’ailleurs bien résumé la façon dont je l’utilisais : comme un anxiolytique, un antidépresseur et un régulateur de l’humeur. Sans aucun respect des doses.
C’est après avoir ouvert un salon de tatouage sur un coup de tête, sans aucune expérience, que j’ai entamé mon sevrage. L’enfer. Je me suis alors rendu compte de la montagne face à laquelle je me trouvais. Entre le syndrome de l’imposteur et les confinements, l’aventure n’a pas duré deux ans. Aujourd’hui, je bénéficie de l’Allocation d’Adulte Handicapé (AAH), ce qui me permet de développer mon activité d’artiste-auteur sans cette pression salariale toxique pour mon équilibre. Reconnaissance éternelle à Simone Veil.
Vivre avec moi n’est pas de tout repos. Ce n’est pas anodin si je me suis représenté en ours. Asocial, grognon, anxieux, monomaniaque et bipolaire ! Mais je travaille sur moi sans relâche. Je fête mes deux ans d’abstinence et je ne rate aucun rendez-vous avec mes thérapeutes.
Cette illustration est un « remastered » d’un vieux dessin, entièrement retravaillé numériquement. J’ai aussi ajouté un texte au pingouin, en clin d’œil au film « Daddy cool, infinitely polar bear ». C’est une façon d’exprimer les doutes qui traversent l’esprit des neuroatypiques, avec une intensité souvent au-delà de la moyenne.
Il existe une liste non exhaustive de conseils que nous entendons sans cesse et qui nous dressent le poil :
– « Allez, secoue-toi un peu ! » : Nous ne sommes pas des cocotiers.
– « Quand on veut, on peut ! » : Certains peuvent, mais ne veulent pas, et ça ne me pose aucun problème.
– « C’est juste dans ta tête… » : Et dans la tienne, il y a tellement d’air qu’on pourrait y faire de l’avion.
– « C’est vraiment nécessaire tous ces cachets ? » : Oserais-tu demander à un diabétique s’il peut vivre sans son insuline ?
– « Il ou elle est tellement lunatique, il doit être bipolaire. » : Connaissez-vous l’effet Dunning-Kruger ? C’est le biais de ceux qui se croient experts sans rien connaître au sujet.
Pour ceux qui préfèrent rester sur leurs positions malgré tout, je vous livre ce message informatif : allez vous faire bien cuire le cul sur des braises ardentes 😉
Caresses et bécots à l’œil.
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