tonton alain

l’artiste alain despert, tonton alain de fabien trarieux. Assis sur tabouret entouré de banae

tonton alain, un oncle artiste

Une rencontre rare et précieuse

C’était le seul artiste que j’ai pu côtoyer pour de vrai. Trop peu. Tout d’abord, parce que nous avions une petite quarantaine d’années de différence et principalement du fait qu’il vivait au beau milieu de l’océan Pacifique. Il est mort mercredi 14 février 2024. Le tonton préféré de mon papa.

Un homme au caractère joyeux et inspirant

Il faut dire qu’il avait tout pour plaire : une bonne tête avec un sourire à tomber par terre, les cheveux longs attachés en catogan, des favoris (j’ai toujours rêvé d’en avoir, mais ma pilosité faciale en a décidé autrement), un doux grain de folie, un rire communicatif et un sens de l’autodérision. Sa peinture était absolument vierge de mélancolie. Haute en couleurs, naïve, sans aucun doute en lien avec son tempérament joyeux et son lieu de vie, ça peut jouer énormément sur le moral.

Premiers souvenirs d’enfance

L’épisode du briquet

Plusieurs souvenirs sont remontés à la surface lorsque j’ai appris que son état de santé se dégradait.

Le premier, tout gamin, à environ 6 ans, j’ai voulu faire comme son fils. Il avait chourré sous mes yeux ébahis des Treets, ancêtres des M&M’s, en allant faire des courses familiales, le matin, en préparation du repas commun. L’après-midi, par mimétisme et pour tenter d’impressionner un « plus grand », j’ai subtilisé un briquet (objet ô combien utile pour un enfant de mon âge) à la caisse de la petite supérette du quartier où nous habitions. Pour pouvoir frimer et prouver que moi aussi chuis balèze et que j’ai peur de rien. Seulement, je m’étais auto-dénoncé dès la sortie du magasin où mon père m’attendait :

– Devine ce que j’ai dans la poche ? Demandais-je fièrement…

– Un paquet de chewing-gum ?

– Naaaaan ! Devine encore !

– Bah chaipas, des bonbons ?

– Nan : un briquet, tadiiiiin ! Lui ai-je répondu fièrement en lui tendant l’objet triomphalement.

– Et comment tu l’as eu ? Je voyais ses sourcils froncer et ses moustaches vibrées.

– Ben, je l’ai voléééé, avouais-je alors en fondant en larmes…

Le soir, Alain était revenu avec ses deux enfants manger à la maison. Non, pas des Treets. Encore moins des briquets. J’ai eu la, non, une des hontes de ma vie. Avec le recul, ils devaient bien se marrer.

Fierté et inspiration artistique

Une reconnaissance internationale

Ensuite, mon second souvenir était lorsqu’il avait remporté ce prix aux USA avec son magnifique tableau représentant deux amis Natifs Américains entourés de cœur… J’étais fier de lui. J’avais un oncle reconnu dans le milieu artistique et de surcroît aux États-Unis ! La classe internationale.

 

tableau best buddies - alain despert - 1997 - natifs américains enveloppé.e.s en couple dans une couverture, des coeurs les entourent

best buddies – alain despert

Influence sur mes propres œuvres

Son style, malgré des thèmes qui nous sont complètement opposés, m’a influencé inconsciemment, notamment pour les séries « mandalalas ». Les cernes qu’il a peint sur son tableau cité ci-dessus, se sont très certainement distillés en moi et sont très probablement une des raisons de leur intégration dans mes œuvres.

Retrouvailles à Saint-Nazaire

Une soirée surréaliste

Puis nous nous sommes revus à Saint-Nazaire, si mes souvenirs d’adolescent ne me font pas défaut. Il était avec un ami américain, artiste et professeur d’arts plastiques. Ce dernier carburait à la vodka-tomate-tabasco… Alain est alors sorti de ses gonds et l’a sèchement remis en place, en anglais. Son intervention était parfaitement légitime, diplomate, malgré son agacement profond.

Sa curiosité et son regard sur les intérieurs

J’aimais aussi sa façon de découvrir une maison qu’il visitait pour la première fois. Avec le sans-gêne propre à un enfant, il regardait tout, des bibelots entreposés, ça et là, aux peintures accrochées aux murs et aux photos exposées. On ne sentait chez lui aucun jugement, seulement une manière de s’inspirer de diverses images ou objets qui pourraient alimenter son imaginaire productif.

Hommage et souvenirs partagés

Une inspiration réciproque

D’autres pensées s’entremêlent. Par exemple, l’honneur qu’il m’a fait en s’inspirant de ma « Chouette Covid-19 »… Bon, j’avoue, je préfère la mienne, mais c’était chouette quand même. Qu’il ait réussi à vivre de son art reste un modèle et un idéal pour moi.

 

chouette alain despert - 2024 ? - tableau inspiré d’un hibou de fabien trarieux. Oncle et neveu

chouette – alain despert – date incertaine

tableau chouette covid-19, fond gris, sur des branches un hibou/chouette fixe de ses grands yeux

chouette covid-19 – fabien trarieux – juillet 2021

Le running comme hommage

Vous vous en foutrez royalement et à raison, mais je me suis mis à courir. Le running, ils appellent ça. Comme un connard. Je n’aurais jamais été capable d’imaginer, ne serait-ce qu’une seule seconde, pouvoir y prendre plaisir… J’ai appris son décès, juste au moment où j’allais me mettre à courir mon premier 35 minutes…

Transmission aux plus jeunes

J’ai parlé de lui à ma « petite » tribu, pour qu’ils le connaissent un peu au travers des souvenirs que je viens d’énumérer. Aucun d’entre eux ne l’a connu.

Une citation finale

Pour finir, je citerai Victor Hugo : « Les morts sont des invisibles, non des absents ».

Découvrir son œuvre

Si son travail vous intéresse, je vous invite à naviguer sur son site où vous pourrez vous délecter de toutes les œuvres qu’il a peint : https://www.despert.com/bora-bora-art-gallery-aladin-despert

Caresses et bécots à l’œil, aux cœurs meurtris, à ma famille endeuillée et aux proches d’Alain Despert (6 juin 1943 – 14 février 2024).