Depuis 3 ans, le numéro du responsable de Rad’Art se trouvait dans mon répertoire téléphonique. Seulement, il n’était pas nominatif. Je me cachais derrière cette excuse pour ne pas appeler une personne que je ne pouvais nommer. Avec une amie, lors de l’édition Rad’Art 2023, nous nous étions croisés par hasard dans un atelier Au Tas de Sable à Port-Louis. La question s’était posée « et pourquoi pas nous ? ». La sociabilité n’étant pas notre point fort, nous avions alors balayé cette éventualité.
Et puis… à l’école de ma petite dernière, une AESH a été embauchée. Il s’est avéré qu’elle avait été la prof de cirque de mon épouse et qu’elle connaissait le nom ET le prénom de la personne mystère qui se cachait derrière ce numéro. Je n’avais plus aucune excuse bidon pour procrastiner. J’ai pris mon téléphone et Fabrice Thomas était à l’autre bout des ondes. Ma demande était simple, il m’a fallu trois ans pour oser la formuler : participer à Rad’Art. Après un rendez-vous à son atelier début avril, avec un mélange de papillons et de nœuds au ventre, il m’a proposé d’exposer au Papégault à Port-Louis. En me prévenant que le lieu était humide, mais que le passage y était assuré.
Passée cette première rencontre, mon cerveau a commencé à tourner dans tous les sens et mon estomac à faire des nœuds. Je réfléchissais à comment exposer, quoi exposer, où trouver les fonds pour les tirages, si je devais inclure mes BD ou me focaliser sur les mandalalas pour ne pas perdre les visiteurs. Anticiper le renforcement des tableaux, visiter le lieu, prier pour les attaches… En parallèle, il fallait continuer à peindre, reprendre mon site internet, rédiger des articles explicatifs via une intelligence artificielle pour soulager ma cervelle, et créer des QR codes pour les cartels. Une logistique de dingue.
Réussir à coupler le tout avec les tâches ménagères ou gérer les périodes amorphes a été complexe. J’avais trop tiré sur la corde, au point de diminuer les anxiolytiques au pire moment. Ajoutez à cela une prise de poids digne d’une ménopause à cause d’un ongle incarné m’empêchant de courir, et une capacité à manger mes émotions comme Po dans Kung Fu Panda. Il a fallu que mon Amoureuse mette un holà doux, mais ferme : je devenais sacrément casse-ovaires. Il était temps que ça cesse.
La crainte de ne pas avoir assez d’œuvres m’a motivé à pousser Benoît Pomel, linograveur, à m’accompagner. Quelques jours avant le week-end fatidique, mon épouse m’a aidé à nettoyer le lieu de fond en comble. Une pelletée d’escargots s’était réfugiée derrière la porte ; nous les avons délicatement déplacés. Entre la chaux qui tombait et l’odeur d’humidité, nous avons sorti l’artillerie lourde : encens, balai et serpillière. J’ai testé la résistance des attaches avec trois tableaux, et le résultat était satisfaisant.
Mon épouse, malgré mes aléas humeuristiques, a orchestré la présentation. Personnellement, j’aurais posé ça n’importe où, mais elle avait en-ti-è-re-ment rai-son : « déplace celui-ci, rapproche l’autre de la chouette… ». Je faisais le petit chien-chien qui déplace ses crottes, mais le résultat était là. Évidemment, la patafix ne tenait pas sur la pierre et mes QR codes n’ont servi à rien car le réseau ne passait pas dans ce tas de caillasse. Une prise de tête pour rien, j’adore.
La veille, la nuit fut courte, mais la tension se dissipait. Arrivé une heure en avance avec un ruby snake, du café en perfusion et un cake chocolat-banane, j’attendais l’ouverture. Ensuite, j’ai perdu la notion du temps. Les gens sont passés. Beaucoup. Au moins une centaine le samedi, autant le dimanche malgré la pluie. Des inconnus, des curieux, des amis et la famille : sista, Pap et Moun, les tontons, N. pour la story Insta, A. la maîtresse préférée, C., É., M… Rien que vos visites m’ont comblé, le reste n’était que du bonus !
Les retours étaient fascinants. Beaucoup pensaient que c’était fait par ordinateur, n’imaginant pas le travail à main levée. D’autres y ont vu des tapisseries, des influences aborigènes ou tibétaines. Étonnamment, personne n’a évoqué les cernes d’arbres, mais un couple a décelé des motifs bretons ! Les interprétations sont décidément subjectives.
Cette expérience a été salvatrice. Mon seul regret est d’avoir été comme un arc tendu, une vraie pile électrique pour mes proches. Je leur demande pardon pour mes anxiétés et les remercie du fond du cœur. Un grand big-up à Fabrice Thomas pour l’opportunité et à Benoît pour m’avoir aidé à obtenir mon statut d’artiste-auteur, validé début octobre. Un grand pas pour Fabien, un petit « on s’en bat le steak » pour l’humanité.
Voilà, un cap a été franchi. J’ai réalisé ma première exposition. Ce fichu portfolio est enfin clos et je démarche désormais de nouveaux lieux, doucement mais sûrement. Et maintenant, je suis libéré de cette tension pour peindre à nouveau, et ça fait un bien fou.
Caresses et bises à l’œil.
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