Présentation
« La vie est vulve » – Fabien Trarieux – Août 2023 – Acrylique sur toile vinyle – 70 x 50 cm
Plusieurs enjeux pour ce tableau « La vie est vulve ». Le titre s’était imposé à moi comme une évidence lorsque je suis tombé face à ce tag, légèrement délavé depuis, mais toujours visible, au bord de la grande plage de la presqu’île de Gâvres.
Origine du titre et réflexions
Le slogan était drôle, décomplexé, féministe et je me suis délecté à imaginer la gêne de certains parents à répondre à la question de leurs jeunes enfants : « Dis, papa, dis, maman, c’est quoi, une vulve ? ». D’autres formules bombées sur les murs faisaient aussi l’éloge de la pilosité et à libérer le poil sur le corps des femmes. Tiens, une chanson s’impose : « Le Poil » de Java.
Hommage au féminin
L’idée a fait doucement son chemin. Plusieurs délicatesses s’imposaient à moi. Il était hors de question de faire « L’origine du Monde » bis (Musée d’Orsay), je n’en ai ni le talent, ni l’audace et l’époque ne s’y prête définitivement plus après le mouvement libérateur #Metoo. Pas de dénonciation, mais plutôt un hommage au féminin dans tout ce qu’il a de sacré, de respectable, de supérieur. Quoique puissent en penser les masculinistes, les machistes et tous ces arriérés de la testostérone.
Je me suis toujours senti plus proche des femmes, de la féminité que du genre que je représente extérieurement. Est-ce le fait d’avoir été influencé et éduqué par une femme aux idées féministes (malgré quelques contradictions dans sa position sur certains sujets au sein de son couple) ? Ou est-ce ma sensibilité naturelle ? Je ne saurais y répondre. Je me suis aussi abreuvé de nombreux podcasts féministes (« Un podcast à soi », « Les couilles sur la table », « Kiffe ta race ») car il existe des schémas que je ne souhaite pas répéter. Contre lesquels je me sens obligé de lutter pour ne pas rentrer dans les stéréotypes de notre société patriarcale, raciste et capitaliste.
Difficultés et intentions
Tout le long de la création de ce tableau, je me suis demandé si j’étais légitime de représenter ainsi le sexe féminin, sans en faire un hymne libidineux ou de m’immiscer malgré moi dans la caricature d’une vision masculine. Je crains ne pas y avoir échappé. La couleur rose omniprésente pour rester dans le stéréotype idiot du « rose pour les filles, bleu pour les garçons ». Le rouge souligne quant à lui les cycles menstruels. J’y ai glissé des vulves sous divers motifs, plus ou moins visibles, des cœurs illustrant l’amour et des courbes, symboles des rondeurs féminines.
J’assume pleinement ces visions mièvres et genrées. Elles ont une autre explication que je détaillerai par la suite. Le but était de souligner la difficulté d’échapper à ces catégories qui m’influencent malgré moi : génération X, blanc, approchant la cinquantaine, hétérosexuel et cisgenre. Comme je le précisais, il me reste encore du chemin à parcourir pour tout déconstruire. Y arriverais-je seulement ?
Support et technique
La seconde difficulté que je m’imposais était le support : première fois que j’osais celui d’une toile. Pas une toile traditionnelle, mais une récupérée en ressourcerie, en vinyle et non en coton ou en lin. Le défi restait bien présent. J’ai toujours perçu la toile comme le support ultime. Une tension interne m’a accompagné tout du long, avec la peur viscérale d’échouer. Finalement, le thème abordé m’a permis de garder mon calme et de réaliser que ma technique n’était pas la mieux adaptée à ce support. Les irrégularités du tissage et sa souplesse m’ont fait comprendre que je préfère travailler sur des aplats rigides et lisses comme l’isorel, le contreplaqué ou le médium.
Analyse symbolique
« La Vie est Vulve » part de son centre en une vulve stylisée, d’où émanent des formes concentriques s’étendant jusqu’à l’infini. Les aplats des contours sont réalisés au pinceau et à la peinture acrylique avec les teintes suivantes :
– rose : connotation traditionnelle liée à la féminité (douceur, tendresse, fragilité), mais réappropriée par les féministes pour symboliser la force, la sororité et le refus des stéréotypes.
– rouge : cycles menstruels, passion, force, colère et révolte nécessaires pour se défaire des carcans masculinistes.
– gris : équilibre entre noir et blanc, yin et yang, lutte contre les rôles genrés imposés.
Chaque couche concentrique intègre des motifs : vulves stylisées, formes végétales, cœurs, vagues, feuilles, rondeurs, angles… Selon l’œil du spectateur, elles évoquent jouissance, maternité, émotions, solidarité, autonomie, cycle de la vie, connexion aux éléments naturels.
Conclusion
Je tiens beaucoup à ce tableau, autant pour les défis techniques que pour son aspect féministe, provocateur et harmonieux. À mes yeux, il est hors de question de le vendre à un homme hétérosexuel et cisgenre. Idéalement, je rêverais qu’il parte aux enchères pour soutenir une cause féministe. Autant préciser ici : s’il devait y avoir une acheteuse, ce serait une femme.
Tout en espérant que ma vision de la cause féministe ne fasse pas saigner des yeux les femmes elles-mêmes.
J’aurais l’air bien con, sans mauvais jeu de mots.
Caresses et bécots à l’œil.
P.S : en photo à suivre le tag sur un des murs de Gâvres et la photographie du tableau, mais c’est toujours mieux de les voir en vrai ;). Puis le titre de Java, le poil, en clin d’oeil aux autres tags avec des hauts de pieds de femme avec des poils… d’où la chanson.