Il m’a trouvé bien, « équilibré et détendu », si je dois le citer d’après ma mémoire défaillante. Sa proposition a été la suivante : au lieu de retirer un demi-cachet une fois tous les 15 jours, j’allais pouvoir passer à la vitesse supérieure et n’en prendre qu’un demi en moins sur les deux habituels pendant 2 semaines, puis baisser d’un demi de nouveau sur la même période et ainsi de suite, jusqu’à ne plus en prendre du tout. Avec le conseil de revenir au palier précédent si je devais sentir une quelconque gêne.
Pas extrêmement rassuré par la rapidité de la diminution, ni par l’écart de 6 mois pour notre prochain rendez-vous – qu’il a imposé sans me concerter – je suis tout de même sorti du CMP (Centre Médico Psychologique, pour ceux qui ne connaissent pas), heureux et fier de mes avancées.
Dans la même journée, j’ai enchaîné un autre rendez-vous avec ma thérapeute préférée qui a, elle aussi salué mes progrès de gestion des émotions en lien avec mes troubles de l’humeur.
Est-ce par excès de confiance que je me suis jeté dans la gueule du loup ? Par appât du gain de visiteurs tant sur une interface de réseau social ou de mon site internet ? Ou était-ce les prémices de ce qui pourrait très bien s’apparenter à une phase maniaque ?
J’ai commencé en ouvrant le compte sur un coup de tête. C’est fou comme on omet vite la somme de temps que représente la création d’un réseau dans le réseau. J’ai douté en sentant le mal-être pointer le bout de son nez. Sur les conseils de ma zouz, j’ai fait une courte pause… d’un seul jour. Reprise rapide et promesse de m’y atteler malgré le malaise grandissant. Je le sais pourtant : préserver ma santé mentale et réseaux sociaux ne font jamais bon ménage lorsque l’équilibre est fragile. Je me suis noyé dans cet océan d’informations et sur le même coup de tête que j’ai eu pour ouvrir ce profil Instagram, je l’ai supprimé sans le moindre remord accompagné d’un soupir de soulagement. C’était tout comme retrouver mon lit douillet et silencieuse après avoir passé une soirée en compagnie de personnes qui parlent, rient et chantent (trop) fort.
Honnêtement, je ne sais pas comment font les gens pour tenir face à ce renouveau incessant de flux informatif. Rien ne peut l’arrêter, à moins de bidouiller son smartphone ou l’application elle-même pour s’en restreindre l’accès. Mais je me connais : si j’ai les codes pour le désactiver, je m’y précipiterai à nouveau en loucedé. Je suis déjà incapable de limiter mes visites sur les flux d’actualités « classiques ». Quelle prétention, avec un tempérament addictif comme le mien d’oser imaginer dompter une application où des espèces de petits génies mal intentionnés (oui, je les imagine uniquement masculins) de la Silicon Valley, ont pensé à tout pour que nos cerveaux y soient constamment happés.
J’ai balancé la seringue et supprimé sans sommation compte et application. Tout ou rien. La demie-mesure ? Je ne connais pas.
Après être monté d’un cran sur l’échelle de l’euphorie, il me fallait forcément en payer le prix et descendre au barreau « dépression ». Fort heureusement, l’ascension n’avait pas été fulgurante. Il n’empêche, les sensations demeurent désagréables. Fatigue, hypersensibilité, larmes, irritabilité (j’ai trouvé une récurrence : le bruit des vagues me tape sur les nerfs et me font mal aux oreilles), sentiment de n’être qu’une sombre merde, tout ce doux champ lexical devient mon leitmotiv sur quelques jours. Partager mon quotidien pendant ces périodes est loin d’être une sinécure.
J’ai beau le savoir : « ça va passer ».
Tout passe.
Heureusement, les phases d’extrêmes euphories ont disparu. Grâce (à cause, m’arrive-t-il de penser) à la médication, au travail thérapeutique et à mon hygiène de vie nettement moins déplorable qu’il y a quelques années. Adieu logorrhées incessantes qui épuisaient mon entourage, dépenses inconsidérées aux conséquences désastreuses, sur-socialisation et sur-consommation cannabique (elles allaient de paire généralement) et vade retro objectifs inatteignables, comme par exemple d’exposer mes œuvres à New-York, construire ma propre maison autonome dans un cadre idyllique alors que le moindre petit bricolage est capable de me faire entrer dans une colère noire parce que je galère à fixer une malheureuse étagère.
Tout passe.
J’en aurais volontiers fait abstraction, mais subsistent encore, telles des berniques sur un rocher, les phases négatives où le monde pourrait s’écrouler, je m’en sentirais soulagé : je n’aurais alors plus à me supporter. Ma conscience sait que ces passages où la douleur psychique côtoie la douleur physique ne sont que fugaces, je les ressens pourtant éternels, comme s’ils allaient me garder coller-serrer ad vitam aeternam.
Tout passe.
Mes émotions sont plus stables avec une régularité proche d’un neurotypique. Mes objectifs revus à la baisse par le prisme de l’entendable. J’ai beau le savoir, je me fais encore avoir après 8 ans de diagnostic. C’est à se taper la tête contre les murs.
Ça va passer.
Je pense avoir compris cette fois et ce sera sans doute la morale de cette histoire, que je n’ai rien à faire sur les réseaux sociaux. Tant tant pis pour les possibles opportunités, les liens numériques à tisser. Pour ma santé mentale, je privilégie la douceur de mon site cocon, la lenteur, la persévérance naïve et le hasard.
Ça commence à passer et j’ai repris le traitement au palier précédent, j’irai plus en douceur d’ici une quinzaine de jours… Peut-être me verrez-vous alors apparaître sur TikTok. Blague.
Caresses et bises à l’œil.
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