Est-il envisageable dans le monde de l’art (et du cochon) de ne pas insuffler d’intention dans ses tableaux ? Cette absence justifierait-elle à elle seule le discrédit d’une œuvre et en ferait-elle baisser le prix ? Qu’importe, que l’audace du je-m’en-foutisme l’emporte. Je rédige ce texte explicatif avec deux années de décalage. Cette absence de thème volontaire fait que tout un chacun aura le privilège d’y voir ce qu’il souhaite, sans l’ombre d’une culture artistique. Libre à tous·tes d’en ressentir les énergies qui s’en dégagent ou pas, d’y être sensible ou pas. Juste le plaisir du j’aime / je n’aime pas.
Description technique :
– « It’s always the sun »
– Septembre 2022
– Acrylique sur isorel de 5 mm d’épaisseur avec châssis bois
– 98 x 58 cm
Si ma mémoire ne déraille pas complètement, c’était le premier mandalala [grand format]. Jusqu’ici, je tâtonnais timidement sur du A4 et, ô audace, sur du A3. Un premier essai dans ces mêmes teintes avait été réalisé justement sur du 29,7×42 cm. Je tenais absolument à affronter mes appréhensions concernant les tailles plus importantes, sans pour autant craindre de « gaspiller » une toile. L’isorel récupéré en grande surface a parfaitement joué son rôle de décomplexion. C’est un support qui ne juge pas, qui accepte l’erreur et permet de se lâcher enfin sur de grandes surfaces sans la pression du support noble.
J’y ai tout de même insufflé une approche qui m’est propre. Par exemple, j’ai conservé cette inspiration des mandalas tibétains, mais en cassant complètement les codes. Pas de géométrie précise, mais des formes inspirées des éléments naturels (eau, air, feu, terre), répétées à l’infini au sein de cernes qui s’étalent hors du cadre. Le but du jeu est de rendre hommage à la poussée du bois des arbres que je trouve magistralement complexe et sacrément bien orchestrée, de marier des couleurs qui me font vibrer et de faire en sorte que le spectateur, si son regard est attiré, découvre la multitude de détails au fur et à mesure de son approche.
Toutes ces couches de peinture pour couvrir de manière la plus homogène possible les cernes (deux à trois selon les teintes) et tous ces détails ne sont que des excuses pour focaliser mon cerveau et lui éviter de se perdre dans des ruminations à perte de temps et d’énergie. Peindre devient alors une sorte de garde-fou contre le chaos intérieur.
Preuve que ma mémoire ne s’est pas complètement dissoute dans les brumes des années qui filent à la vitesse supersonique, je me souviens que dès que je me mettais à peindre ce tableau, une seule chanson revenait constamment en tête : « Always the Sun » des Stranglers. Après une recherche sur le web, il semblerait que ces paroles évoquent un mélange de cynisme et de résignation face aux problèmes du monde, tout en soulignant la constance du soleil comme une forme d’espoir. C’est fou, c’est exactement ce que j’ai voulu retranscrire. Alors finalement, si, j’y ai mis une intention… mais sans faire exprès. Ça compte ou pas ?
L’isorel est recouvert de plusieurs couches d’apprêt. Une fois sec, je trace au crayon gris le cercle central à main levée puis les cernes qui s’étalent hors cadre. Une fois mes mélanges de couleurs effectués, je les répartis au pinceau selon mes envies et les besoins esthétiques. Vient ensuite le tour des détails que j’intègre à main levée aux feutres acryliques, en jouant sur le négatif et les contraires.
J’y ai, comme quasiment toujours, intégré mes thèmes de prédilection dans les multiples motifs détaillés et reproduits comme à l’infini dans chaque cercle concentrique. En majeure partie, les éléments naturels tels que l’eau et ses vagues, le soleil et ses rayons, la terre avec les estampes japonaises stylisées, le monde végétal, les relations interdépendantes avec les cœurs et le cycle infini de la vie par les flèches… et, je le confesse, quelques autres motifs pour le plaisir de les intégrer dans ce tableau et laisser la possibilité au spectateur d’y voir ce qu’il désire.
Quant à mon talent divinatoire, je pourrais repasser ! Les étés qui ont suivi ont été pourris jusqu’à la moelle, du moins en Bretagne. Une piste, peut-être, pour intituler un tableau « Singing in the fuckin’ rain » ?
Caresses et bécots à l’œil.
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